On naît rond, ou on ne l’est pas.

Chez Odile, de la première à la dernière lettre, les courbes s’enchaînent et se répondent. Un petit bout de femme qui tient un petit bout de mine, ou, souvent, le contraire. On la croise sur les quais de Seine, dans les rues, dans les bars, les salles de concert, et chaque air traversé se retrouve sur un morceau de papier. On respire les dessins d’Odile comme on écoute une musique nous monter à la tête : en un instant, tout est fait, et la chaleur ne nous quitte plus.

Ni méthode, ni but, ni barrière, pour une fois le coup de crayon ne vient pas emprisonner les situations, mais plutôt inviter à la réflexion, ou ouvrir la porte d’un nouveau monde. Tout en restant au plus près d’un quotidien ordinaire, ses lignes parfois réalistes, parfois utopistes, souvent sarcastiques nous emportent sur sa planète unique.

Les personnages auto-biographiques nous rappellent la naïveté envolée et regrettée, et nous ramènent souvent à qui nous sommes au fond de nous : l’enfant qui rigole, mais aussi le clown triste. La réalité des jours de pluie, l’odeur de l’eau sur le pavé, la couleur des pierres usées. Tout ça la plupart du temps en un clin d’oeil, en un coup de patte.
Le travail d’Odile sait aussi se faire plus discret et agrémenter des personnages existants. Pochettes d’albums, affiches de concerts, flyers en tout genre, tout ce qui peut se fixer sur le papier mais surtout s’envoler, bouger, peut devenir un support à ses couleurs. On la croirait malléable, à se coller partout, sur tout le monde, de tous les projets, de toutes les parties, mais on se rend compte à la longue que c’est elle qui vous grime, vous arrange à sa sauce, et vous met dans la tête des images que vous n’auriez pas imaginé.

Comme son prénom arrive, en un instant, à résumer son personnage, à la fois doux et amer, pastel et ensoleillé, ses dessins, en un battement de cils, résument les situations. Une expression, un regard, une posture, et le tour est joué, les traits sont entrés en vous, vous habitent, et se mettent à tourner devant les yeux. Si vous croisez cette petite, les mains pleines de peinture, les crayons débordants du sac et les feuilles froissées dans les poches, partez, fuyez. Ou restez, parlez, et elle vous invitera à danser sur ses bouts de papiers, dont elle connait si bien la musique. Attention cependant : vous risquez bien de vouloir devenir le personnage qu’elle a tracé de vous…

Renaud Grim